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Dents des enfants: faut-il attendre les problèmes ou les voir venir ?

Dents des enfants: faut-il attendre les problèmes ou les voir venir ?

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Dr BOUMEHDI Bounhir 
 Médecin radiologue avec le concours du Dr Jamalddine FOUKI, chirurgien dentiste

 Une simple radiographie panoramique peut-elle permettre de savoir si les dents d’un enfant poussent normalement et, surtout, de détecter suffisamment tôt les anomalies pour intervenir avant qu’elles ne deviennent plus difficiles à corriger ? 
 La question mérite d’être posée, car la bouche d’un enfant est un véritable chantier en pleine transformation. Les dents de lait tombent, les dents permanentes apparaissent, les mâchoires grandissent, les espaces se modifient et les rapports entre les différentes dents évoluent progressivement. 

À l’œil nu, tout peut sembler normal.

Pourtant, sous la gencive, une dent peut être absente, mal positionnée, bloquée ou orientée dans une mauvaise direction.

C’est précisément là que la radiographie panoramique peut avoir son intérêt.

 Une photographie de ce qui se passe sous la gencive 

La panoramique dentaire donne une vision globale des deux arcades dentaires, des dents déjà sorties mais également de nombreuses dents encore incluses dans les mâchoires.

Elle peut notamment contribuer à repérer des dents permanentes absentes ou surnuméraires, des problèmes d’éruption, certaines anomalies dentaires ou des situations susceptibles de perturber l’évolution normale de la dentition.

L’American Academy of Pediatric Dentistry reconnaît d’ailleurs les radiographies panoramiques et intra-orales comme faisant partie des outils diagnostiques pouvant aider à évaluer l’âge dentaire et les problèmes d’éruption.

Autrement dit, la panoramique ne regarde pas seulement les dents que l’enfant possède aujourd’hui. 
Elle permet aussi, dans certaines situations, de voir une partie de ce qui se prépare pour demain.

 Mais attention : une panoramique n’est pas un contrôle technique obligatoire 

C’est probablement le point le plus important.
Il serait excessif de transformer la radiographie panoramique en examen systématique réalisé à intervalles réguliers chez tous les enfants.

Les recommandations de l’American Academy of Pediatric Dentistry rappellent que les radiographies dentaires pédiatriques ne doivent pas être considérées comme de simples examens de dépistage systématique. 
Leur indication doit dépendre de l’histoire médicale et dentaire de l’enfant, de l’examen clinique et des facteurs de risque.

 Pourquoi cette prudence ? 

Parce qu’une radiographie, même lorsqu'elle délivre une dose relativement faible, utilise des rayonnements ionisants. 
Chez l’enfant, le principe doit donc être simple : pas de radiographie sans indication suffisamment justifiée.

La philosophie internationale est celle d’une exposition aussi faible que raisonnablement possible, tout en obtenant l’information diagnostique nécessaire.

 Le véritable intérêt : ne pas arriver trop tard 

L’enjeu n’est donc pas de radiographier davantage les enfants.
L’enjeu est de savoir quand une radiographie peut changer la décision médicale ou orthodontique.

Prenons quelques situations : 

Une dent permanente tarde à apparaître alors que son homologue du côté opposé est déjà sortie.
Une canine semble ne pas trouver son chemin.
Une dent de lait persiste anormalement longtemps.
L’espace disponible paraît insuffisant.
Le dentiste suspecte une dent surnuméraire.
Une dent permanente semble absente.
Une anomalie d’éruption est observée.

Dans ces circonstances, la panoramique peut apporter une information que le simple examen de la bouche ne permet pas d'obtenir.

Les recommandations récentes de l’American Dental Association et de l’American Academy of Oral and Maxillofacial Radiology considèrent d’ailleurs la panoramique comme une modalité initiale appropriée pour surveiller l’éruption dentaire avant un traitement orthodontique et pour évaluer l’alignement radiculaire pendant celui-ci.

 Corriger avant la fin de la croissance ?

C’est ici que la question devient particulièrement intéressante.

L’objectif n’est pas nécessairement de « corriger les dents avant la fin de la croissance ».

Il s’agit plutôt de ne pas manquer la fenêtre thérapeutique pendant laquelle une anomalie peut être interceptée plus simplement.

Certaines situations orthodontiques bénéficient effectivement d’une prise en charge précoce : manque d’espace, certaines malocclusions, crossbite, anomalies d’éruption, dents ectopiques ou certaines situations liées aux habitudes buccales.

L’AAPD souligne que le diagnostic précoce des anomalies de la dentition et de l’occlusion peut contribuer à obtenir une occlusion stable, fonctionnelle et esthétique, et insiste sur l’importance de déterminer le bon moment, la bonne séquence et l’indication appropriée d’une intervention.

Cela ne signifie cependant pas que tout problème dentaire doit être traité immédiatement.

 Précoce ne veut pas dire précipité.

Parfois, il faut intervenir.
Parfois, il faut simplement surveiller.
Et parfois, il faut laisser la croissance faire son travail.

C’est précisément le rôle du pédodontiste ou de l’orthodontiste : distinguer ce qui nécessite une intervention de ce qui peut être simplement observé.

 Une panoramique ne suffit pas à évaluer « la croissance » 

Il faut également éviter une autre confusion.
Une radiographie panoramique permet surtout d’observer la dentition et certaines structures maxillo-mandibulaires.

Elle ne permet pas, à elle seule, de prédire exactement comment le visage et les mâchoires vont continuer à croître.

L’évaluation de la croissance faciale peut nécessiter un examen clinique, des photographies, des modèles numériques ou dentaires et, dans certaines indications, une radiographie céphalométrique. 

Les recommandations de l’AAPD distinguent d’ailleurs les informations apportées par la panoramique de celles obtenues par les céphalogrammes pour analyser les relations dentaires et squelettiques et suivre la croissance.

La panoramique est donc une pièce du puzzle, pas le puzzle entier.

 Et si l’on attendait trop ? 

C’est peut-être là que se trouve le véritable débat.
Une dent qui ne sort pas au moment attendu peut parfois simplement être en retard. 
Mais elle peut aussi être mal positionnée, bloquée par une autre dent ou confrontée à un manque d’espace.

Plus une anomalie est identifiée tôt, plus le professionnel dispose de possibilités pour décider s’il faut surveiller, créer de l’espace, guider une éruption ou orienter l’enfant vers un traitement orthodontique.

La radiographie ne sert donc pas à inquiéter les parents.
Elle sert, lorsqu’elle est justifiée, à réduire l’incertitude.

La bonne question n’est donc pas « À quel âge faut-il faire une panoramique ? »
La bonne question est plutôt :
« Chez cet enfant précis, l’examen clinique justifie-t-il une radiographie panoramique maintenant ? »

Cette nuance est fondamentale.
Il n’existe pas une règle universelle imposant une panoramique à tous les enfants à un âge déterminé. 
Les recommandations actuelles privilégient une décision individualisée en fonction du stade de développement dentaire, des constatations cliniques et des objectifs diagnostiques.

La prévention dentaire moderne ne consiste donc ni à radiographier systématiquement, ni à attendre qu’un problème devienne évident.

Elle consiste à observer, examiner, anticiper et intervenir lorsque cela est réellement utile.

Car pour les dents comme pour beaucoup d’autres domaines de la médecine, la meilleure correction est parfois celle qui intervient avant que le problème ne devienne visible.

Une panoramique au bon moment peut alors être moins un examen de contrôle qu’un outil d’anticipation.

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