Dr BOUMEHDI Bounhir
Médecin radiologue
Directeur du Centre de l’Opera
À l’occasion de la Journée mondiale de l’ostéoporose, célébrée chaque année le 20 octobre, la prévention des fractures fragiles rappelle une priorité de santé publique : dépister la fragilité osseuse, évaluer le risque fracturaire et assurer un suivi médical adapté.
Mais quelle place accorder à l’imagerie dans cette stratégie ?
La radiologie joue un rôle essentiel, son utilisation doit être raisonnée, régulière lorsque cela est indiqué, et intégrée à une prise en charge globale.
L’ostéoporose est une maladie osseuse souvent silencieuse.
Elle évolue parfois pendant des années sans provoquer de douleur ni de manifestation visible, tandis que les os perdent progressivement de leur résistance.
Le premier signe peut alors être une fracture survenant à la suite d’une chute banale, d’un faux mouvement ou d’un traumatisme minime.
Une simple chute de sa hauteur, qui aurait été sans conséquence chez une personne ayant une bonne solidité osseuse, peut suffire à fracturer une vertèbre, le poignet ou le col du fémur.
C’est précisément ce caractère silencieux et trompeur qui fait de l’ostéoporose un enjeu majeur de prévention, notamment chez les femmes après la ménopause, les personnes âgées et les patients présentant des facteurs de risque particuliers.
À l’occasion du 20 octobre, Journée mondiale de l’ostéoporose, une question mérite donc d’être posée : comment mieux utiliser les examens d’imagerie médicale pour repérer la fragilité osseuse, surveiller son évolution et prévenir les complications, en particulier les fractures qui peuvent entraîner une perte d’autonomie, une hospitalisation et parfois des conséquences vitales ?
L’ostéodensitométrie, généralement réalisée par absorptiométrie biphotonique à rayons X, ou DXA, est l’examen de référence pour mesurer la densité minérale osseuse.
Elle permet d’identifier une ostéoporose, d’apprécier la fragilité osseuse et de contribuer aux décisions thérapeutiques.
Chez les personnes présentant des facteurs de risque ou déjà traitées, elle peut également servir à surveiller l’évolution de la densité osseuse.
Mais une précision essentielle s’impose : la radiographie conventionnelle ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer l’ostéoporose en mesurant la densité osseuse.
Elle est surtout utile pour rechercher une fracture, notamment vertébrale, lorsque les symptômes ou les facteurs de risque le justifient.
Cette distinction est fondamentale pour le grand public.
Un os peut être fragilisé sans que la radiographie classique révèle cette fragilité.
À l’inverse, une fracture vertébrale peut être présente sans douleur spectaculaire et passer inaperçue si elle n’est pas recherchée.
Les fractures vertébrales :
Elles se manifestent parfois par des douleurs dorsales ou lombaires, une diminution progressive de la taille ou une accentuation de la courbure du dos.
Chez certaines personnes, elles restent longtemps silencieuses.
C’est pourquoi le suivi radiologique peut prendre une dimension déterminante.
Selon l’âge, les antécédents et les signes cliniques, le médecin peut demander une radiographie du rachis ou une évaluation des fractures vertébrales associée à l’ostéodensitométrie.
Cette dernière permet, dans certaines situations, de rechercher des fractures qui modifieraient la prise en charge du patient.
Détecter une fracture vertébrale n’est pas un simple constat diagnostique.
C’est aussi identifier une personne qui pourrait présenter un risque accru de nouvelles fractures et qui nécessite une évaluation médicale approfondie.
Un contrôle permanent ne signifie pas multiplier les examens
Le suivi doit être régulier, personnalisé et justifié médicalement, et non systématique au point de multiplier inutilement les examens.
La fréquence des ostéodensitométries dépend notamment du risque fracturaire, du traitement instauré, de son efficacité attendue et de l’évolution clinique.
Selon les recommandations et la situation individuelle, un contrôle peut être envisagé après un à plusieurs ans, souvent dans une fourchette de un à cinq ans après l’instauration ou la modification d’un traitement.
De même, une radiographie répétée sans indication précise n’est pas une garantie de prévention.
Les examens doivent répondre à une question médicale : existe-t-il une fracture ?
Une nouvelle douleur évoque-t-elle une complication ?
Les résultats du suivi sont-ils susceptibles de modifier le traitement ?
L’objectif n’est donc pas de surveiller les os par l’image à tout prix, mais d’organiser une surveillance clinique et radiologique cohérente, en évitant les examens inutiles tout en ne passant pas à côté d’une fracture.
Dans ces circonstances, l’imagerie ne doit pas représenter la fin du parcours médical.
Elle doit ouvrir la voie à une évaluation globale du risque fracturaire, à la recherche de facteurs aggravants et, si nécessaire, à la mise en place ou à l’adaptation d’un traitement.
Le médecin doit notamment tenir compte de l’âge, des antécédents personnels et familiaux de fractures, de la ménopause, des traitements prolongés par corticoïdes et des maladies susceptibles de fragiliser le squelette.
Il doit aussi évaluer le risque de chute, car prévenir les fractures suppose de protéger à la fois la solidité des os et la stabilité de la personne.
Cette démarche exige une coordination entre médecin traitant, rhumatologue, radiologue et, selon les besoins, gériatre ou autres spécialistes.
L’observance du traitement, l’activité physique adaptée, une alimentation équilibrée et la correction des carences éventuelles participent également à la prévention
Le 20 octobre ne doit pas être seulement une journée de sensibilisation.
Il doit rappeler que les fractures ostéoporotiques ne sont pas une fatalité liée au vieillissement.
Une détection précoce, un traitement adapté et un suivi bien organisé peuvent contribuer à réduire leurs conséquences.
Le contrôle radiologique a toute sa place dans cette démarche, à condition d’être utilisé au bon moment, pour la bonne indication et en complément de l’évaluation clinique.
L’ostéodensitométrie mesure la densité osseuse ; la radiographie et d’autres techniques d’imagerie recherchent les fractures ou leurs complications.
Ensemble, lorsqu’elles sont indiquées, elles aident le médecin à mieux évaluer la situation et à adapter la prise en charge.
Derrière chaque fracture évitable, il y a un enjeu de santé publique : préserver la mobilité, l’indépendance et la dignité des personnes.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’ostéoporose, le message est clair : ne pas attendre la prochaine fracture pour s’intéresser à la solidité des os.
La prévention commence avant la fracture ; le suivi doit se poursuivre après elle.

